Cuaderno dedicado a las memorias de mi vida
À celle sans laquelle rien n'aurait été possible
Finissant ces lignes, je voudrais rendre un hommage en guise de conclusion à Isabelle, la compagne de ma vie, la mère de mon fils Germinal. Ce dernier naquit le 26 novembre 1952.
Après une jeunesse de rebondissements et d'aventures, un cœur assez grand pour y loger toutes les filles, je me suis enfin décidé à n'en aimer qu'une, mais pleinement et mon choix s'est naturellement porté sur Isabelle. Elle était née le 28 août 1921 et comme moi était issue d'une famille anarchiste. Toute petite, elle participa à l'organisation de la lutte et de notre révolution. Je la connaissais donc de notre ville catalane, elle était la fille de Navarro, un des responsables les plus déterminé de
À Paris, après
Comment qualifier mon absence, ce jour du début de 1962, où un court-circuit a mis le feu à notre maison d'Ivry. Ce jour-là, Isabelle réussit à sauver tout ce qui pouvait l'être. Elle a maîtrisé mieux que j'aurais pu le faire la panique qui s'emparait de la maisonnée. Par son sang-froid et sa promptitude, elle ramena à un simple incident ce qui aurait pu se terminer en drame. Pendant ce temps, j'étais au pays, courant après mes espoirs politiques de renverser Franco. Elle, toute seule, a résolu cette catastrophe éprouvante et a consolé mon petit garçon.
Le jour où Germinal s'est fait mordre méchamment la main par un chien, elle, seule encore, l'a conduit à l'hôpital. Elle l'a assisté alors qu'il souffrait et pleurait comme un malheureux de douleur et de peur, pendant que je militais ailleurs.
Son frère Agustí, dans ces cas extrêmes, était toujours présent et s'évertuait à pallier ma défaillance momentanée. Heureusement qu'il se chargea toujours de ce rôle avec gentillesse et loyauté, autrement je crois que j'aurais perdu aussi ma famille en plus de mes espoirs politiques, au cours de mes courses folles à travers les maquis espagnols.
Il refit l'électricité de notre maison. Il consola Germinal de ses grandes frayeurs. Il fut l'homme qui lui permit de grandir en sécurité quand je n'étais pas là. Je tiens à dire que sans lui et sa femme Teresa, qui n'ont jamais hésité un seul instant dans leur solidarité, je n'aurais pas pu vivre autant pour mon idéal ou alors au détriment des miens.
En qui concerne ma compagne, Isabelle, j'aurais encore tant d'autres exemples comme cela où je prouverai son inaltérable dévouement et son amour. C'est elle aussi qui en plus de sa journée de travail confectionnait avec pas grand-chose les meilleurs plats pour toute une équipe de clandestins que j'amenais presque chaque soir à la maison. Combien de compagnons ont passé plusieurs semaines chez nous, soignés par Isabelle sans que jamais cette excellente compañera ne se plaigne? Je puis l'affirmer maintenant sans toutes nos compagnes dévouées et ayant un sens politique de leur engagement et de leur rôle, nous aurions été de bien piètres combattants. Merci à elles, merci à Isabelle, ma compagne.
J'ai aidé et participé tant que j'ai pu, toute ma vie, à harceler le régime fasciste. J'ai logé des compagnons en cavale, persécutés en Espagne et poursuivis par les forces de l'ordre françaises, complices de Franco. Je peux affirmer avec fierté, j'ai hébergé ceux qu'aujourd'hui et hier, on appelait à travers la presse et la société bien pensante des «terroristes», avant qu'ils ne prennent le nom de «héros». J'en suis très fier. Je le referais volontiers. Tous étaient des gens d'honneur et de combat. Nous poursuivions le même futur, la même chimère.
J'ai passé toute mon existence, depuis ma plus tendre adolescence, à lutter contre le fascisme et pour l'avènement de l'anarchie. Elle représente pour moi la phase idéale d'une société libre et responsable, sans argent, le bonheur du juste. L'épanouissement humain suffit à la plénitude de la société de mes rêves. Ces derniers ont nourri toute mon existence.
Josep Roig
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